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Pourquoi les problèmes de santé liés aux pesticides sont-ils encore si peu déclarés par les agriculteurs ?

Témoignage de Claude Compagnonne, sociologue, enseignant-chercheur à AgroSup Dijon

août 2009

Peu d’agriculteurs déclarent l’existence de problèmes de santé survenus suite à l’usage de produits phytosanitaires. Différentes hypothèses peuvent expliquer ce constat :

  • Une absence de connaissances (dimension cognitive) : l’agriculteur ne sait tout simplement pas que l’usage des produits peut entraîner certains problèmes de santé. Cette hypothèse est peu tenable vu les efforts d’information accomplis ces dernières années pour montrer la nocivité des produits.
  • Un défaut de reconnaissance du problème (dimension cognitive et psychologique) : l’agriculteur sait qu’il existe théoriquement un lien entre l’usage des phytosanitaires et des problèmes de santé mais il ne parvient pas à relier ses propres problèmes de santé, à l’usage qu’il fait de ces produits. Ce défaut de reconnaissance peut être de nature cognitive : il lui manque des critères concrets d’appréciation pour établir ce lien ; ou de nature psychologique : pour différentes raisons, il se refuse à reconnaître un tel lien. Il attribue alors son problème sanitaire à autre chose.
  • Une minimisation de l’importance du problème (dimension cognitive et sociale) : les problèmes de santé inhérents à l’usage des produits ne sont pas niés mais leur gravité est minorée. Ils sont considérés comme faisant partie des risques du métier. La valeur attribuée au problème est alors très dépendante des dialogues professionnels que les agriculteurs peuvent mener entre eux sur la question et des normes professionnelles qui se construisent et se maintiennent par ces dialogues. L’émission de plaintes peut être socialement peu acceptable, et donc peu pratiquée que ce soit entre eux ou vers l’extérieur.
  • Une faible confiance en la capacité des institutions à résoudre les problèmes (dimension sociale) : l’agriculteur estime que la déclaration d’un problème de santé qui lui est propre ne va pas changer grand chose à sa situation personnelle, ou il considère que dans le rapport de force engagé avec les grandes firmes de l’agrochimie, ce sont toujours elles qui auront le dernier mot. Cette hypothèse tient autant d’une attitude égocentrée que d’un certain fatalisme.

 

(Extrait de Repères n° 51 - Les pesticides au quotidien : maîtriser le risque, changer les pratiques)