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Quel avenir pour la filière bois ?

Interview de Bernard Roman-Amat, directeur du centre de Nancy d’AgroParisTech

avril 2012

Le bois est-il le matériau de demain ?

Le matériau bois a en effet un bel avenir devant lui. D’une part, parce qu’il bénéficie de coûts de fabrication - notamment énergétiques - très bas par rapport au béton et à l’acier par exemple, et d’autre part, parce qu’il est une ressource renouvelable. Cependant, il ne faut pas sous-estimer deux facteurs qui limitent le développement de son usage. Le premier est économique : la transformation et l’utilisation du bois sont encore très marquées par des méthodes proches de l’artisanat. D’importants efforts de recherche et développement sont à faire pour industrialiser la filière et offrir des produits standardisés à des coûts abordables. Le deuxième frein est d’ordre culturel : en France, la construction est encore fortement dominée par le béton et le métal. Heureusement, des actions de promotion menées par la filière commencent à porter leurs fruits et les pouvoirs publics, dans le cadre du Grenelle, ont fixé des objectifs pour augmenter la part du bois dans la construction. Mais il est fondamental de continuer à communiquer de façon à faire évoluer la perception du matériau bois dans le grand public.De surcroît, il s’agit d’un matériau qui présente un bilan énergétique et un bilan carbone très favorables par rapport aux autres matériaux.

Quelles sont les perspectives de valorisation de la biomasse forestière ?

La demande est là, elle est croissante depuis quelques années et les circuits ne demandent qu’à s’organiser. La filière de valorisation du bois de feu est encore peu structurée et doit évoluer du point de vue économique, technique et logistique. Cependant, le déterminant principal est externe à la filière bois. Il s’agit du prix du litre de fioul, non maîtrisé par les forestiers. Concernant la production de carburants à base de bois, les procédés chimiques sont connus. Ce qui n’est pas complètement maîtrisé, ce sont les process industriels. La transformation du bois en carburant pourrait se développer dans une perspective de 10 à 15 ans. Quant aux néo matériaux comme les bioplastiques, même si les perspectives sont prometteuses, on en n’est encore qu’au stade de la recherche ! J’ajoute que pour optimiser le développement de la filière forêt-bois, il est indispensable de lutter contre le travail non déclaré qui est aujourd’hui très présent. Pour cela, il faut continuer à encourager les démarches de certification et les chartes de bonnes pratiques qui, depuis 10 ans, contribuent largement à l’assainissement de la situation.

Quelles menaces le changement climatique fait-il peser sur nos forêts ?

Le climat change et va effectivement peser sur les forêts. Il faut néanmoins se réjouir du fait que, depuis 4 ou 5 ans, une importante mobilisation a lieu dans le domaine de la recherche et du développement de la forêt. Pour exemple, le réseau mixte technologique Aforce (piloté par le CNPF*), associant chercheurs et forestiers, développe des outils d’aide à la décision techniques et économiques pour mieux tenir compte du changement climatique dans la gestion forestière. Le grand défi du changement climatique va de pair avec la nécessité de rassurer les propriétaires et d’encourager les investissements. La décision d’investir dans la forêt nécessite un haut niveau de désintéressement car ce sont les petits-enfants qui en bénéficieront. Or le changement climatique, avec sa part d’inconnue, renforce le manque de confiance. Pourtant, il faut savoir que même si le climat est amené à changer, en 2100 il sera toujours favorable à la forêt sur une grande partie de notre territoire ! En outre, avec la croissance démographique planétaire, la demande de biens et services fournis par les forêts va augmenter. Il est donc important de continuer aujourd’hui à investir en forêt pour, demain, récolter sa production et bénéficier de ses services. Pour cela, le propriétaire doit réfléchir un peu plus que par le passé et plus que jamais s’entourer de professionnels bien formés.

 

(Extrait de Repères n° 59 - La forêt un patrimoine pour l'avenir)

 

 

* Centre national de la propriété forestière

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