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Lorsqu'un industriel décide de consommer le gaz issu des déchets de la collectivité

Témoignage de François Amzulesco, directeur Innovation et projets industriels chez Terreal

Juin 2013

Sur le territoire de Chagny (71), petite ville de 5 700 habitants située entre Beaune et Chalon-sur-Saône, est implantée une tuilerie depuis 1881. Il y a près de 20 ans, elle cède une partie des carrières qu’elle exploite à l’ancêtre du Syndicat mixte d’études pour la valorisation des déchets ménagers (SMET), pour y établir un centre d’enfouissement. Celui-ci regroupe les déchets de 271 communes, soit environ 240 000 habitants produisant 75 000 tonnes de déchets fermentescibles ou non. Poussé par la règlementation qui se renforce et animé par la volonté d’améliorer son impact sur l’environnement, le SMET lance, en 2004, le projet de construction d’une unité de tri-méthanisation-compostage sous le nom d’Écocéa. Prévue d’aboutir en 2014 pour un budget de 40 millions d’euros, celle-ci doit permettre de réduire de plus de moitié le tonnage enfoui à Chagny, en prélevant l’ensemble des déchets fermentescibles en vue d’en extraire le méthane. Après épuration, le biométhane sera consommé à proximité par l’entreprise Terreal, qui a besoin d’une énergie considérable pour faire tourner ses deux tuileries implantées à Chagny. Écocéa produira 5 millions de m3 de biogaz par an, ce qui couvrira 1/3 des besoins de gaz de la tuilerie et réduira ses émissions de CO2 de 6 000 tonnes/an. Au-delà de la production de gaz, Écocéa permettra aussi la production de 25 à 30 000 tonnes/an de compost 100 % organique, faisant bénéficier 200 exploitations agricoles de Saône-et-Loire d’un compost de qualité, le tout en lien étroit avec la Chambre d’agriculture.

"Même si nous allons économiser une partie de nos émissions de CO2, la logique qui nous anime n’est pas uniquement financière. Nous sommes convaincus qu’il faut changer de modèle industriel. La terre cuite a déjà l’avantage d’utiliser une matière naturelle et locale, l’argile : mais cuire cette argile avec du gaz importé de Russie ou d’Algérie, ça n’est pas très cohérent ! Sans parler de l’épuisement certain des énergies fossiles dans les décennies qui viennent, et de l’impact de la combustion du gaz naturel sur le réchauffement climatique. La Commission européenne a fixé comme cap à l’industrie une réduction de 87 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Dans ce contexte, la symbiose territoriale constitue un levier puissant. C’est ensemble avec le SMET que nous avons fait la promotion de ce projet pionnier auprès des diverses autorités – ADEME, préfecture, GRT Gaz, ministère de l’Écologie – pour en faciliter le financement et tout le volet administratif. Quant à l’équipe municipale de Chagny, je lui tire mon chapeau ! Elle soutient le projet depuis l’origine, avec une vraie vision stratégique du développement industriel et économique de son territoire."

 

(Extrait de Repères n° 62 - Développement durable : jouons le collectif !)