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Santé et environnement : Individualiser les précautions à prendre en fonction de la nature du risque

Eclairage de Jean-Pierre Besancenot, directeur de recherche honoraire au CNRS et fondateur du laboratoire " Climat et santé " à la Faculté de médecine de Dijon

mars 2013

Selon vous, le changement climatique apportera-t-il de nouveaux risques pour la santé en Bourgogne ?

Il faut distinguer les effets directs du changement climatique sur le fonctionnement de notre organisme des effets indirects, qui passent par les conditions écologiques façonnées pour divers agents infectieux ou divers allergènes. Sur le premier point, même s’il s’agit moins d’un risque nouveau que de l’amplification d’un risque existant, ce sont les canicules qui s’avèrent les plus préoccupantes. Du côté des maladies infectieuses ou parasitaires, les risques principaux me paraissent être, dans l’ordre : la maladie de Lyme (d’autant que les loisirs en forêt multiplieront les contacts avec les tiques), la leishmaniose (la circulation accrue des chiens étant propice à la dissémination du parasite) et, éventuellement, le chikungunya (avec la remontée vers le Nord du moustique tigre). Enfin, il ne faut pas négliger les allergies aux pollens, qu’il s’agisse de pollens déjà abondants dans la région (bouleau et graminées, surtout) ou de pollens nouveaux en lien avec une remontée de la végétation dans la vallée de la Saône. Même si le changement climatique n’est pas seul en cause, on a là un des rares impacts sanitaires déjà perceptibles, avec une augmentation du nombre des allergiques et un allongement de la période où sévissent les symptômes.

Que faudrait-il faire pour se préparer, s’adapter ?

Ne pas céder au catastrophisme, mais se préparer à toutes les éventualités : le pire n’est le pire que quand il prend par surprise. Là encore, il convient d’individualiser les précautions à prendre en fonction de la nature du risque considéré. Face aux canicules s’imposent : le perfectionnement du système d’alerte (qui consiste à transformer la prévision météorologique classique en une prévision de risque pour la santé, de façon à réduire la fréquence des fausses alertes, terriblement démobilisatrices), l’amélioration du système de gestion de crise (mais le Plan canicule est déjà performant) et les mesures à long terme (adaptation de l’architecture, développement des systèmes naturels de climatisation…). Pour les maladies transmises par des vecteurs, c’est la surveillance de l’arrivée de nouveaux vecteurs qui doit être privilégiée, ce qui suppose le maintien de vraies compétences en entomologie. Pour les pollens, cela peut être difficile en référence à la végétation naturelle, mais il faut éviter de surajouter un risque et choisir à bon escient les plantations d’ornement.

 

(Extrait de Repères n° 61 - Changement climatique et santé)

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