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Qu'est-ce que le biomimétisme et à qui peut-il profiter ?

Interview de Kalina Raskin, chargée du développement scientifique, CEEBIOS, centre européen dédié au bio-mimétisme

décembre 2014

Qu’est-ce que le bio-mimétisme ? Quels en sont les principes ?

Le bio-mimétisme consiste à comprendre et imiter les stratégies et propriétés du vivant. C’est une démarche qui fournit un cadre pertinent pour s’engager dans l’innovation durable, qui va bien au-delà de l’innovation technologique. L’idée est de considérer qu’au cours des 3,8 milliards d’années d’évolution, les systèmes vivants, de l’échelle de la cellule aux écosystèmes, se sont adaptés à un environnement changeant et ont été optimisés autour de trois flux : l’énergie, la matière et l’information. Les systèmes vivants savent en effet très bien gérer l’énergie : ils sont basés sur l’énergie solaire qu’ils stockent pour palier à l’intermittence. Il en va de même pour la gestion des flux de matières : les systèmes vivants puisent dans des ressources abondantes et renouvelables, non toxiques ; les matériaux produits sont biodégradables et disponibles localement pour les organismes qui la recyclent. Tout cela repose sur une bonne gestion de l’information : stockée à l’échelle moléculaire, sa circulation est assurée par une multitude de capteurs et de messagers, et son analyse est assurée par des intégrateurs tels que les cellules ou le système nerveux.

À qui le bio-mimétisme peut-il profiter ?

Le bio-mimétisme est une approche qui peut inspirer tous les acteurs de la société comme les collectivités et les entreprises. Il offre de belles opportunités en matière de gestion de flux de matières et d’énergies dans les territoires. La question qui se pose maintenant est : Comment passer de la métaphore au modèle, et notamment comment passer de l’écologie scientifique à l’économie industrielle et territoriale ? Car il existe de nombreux champs d’application du bio-mimétisme comme l’agriculture, l’urbanisme ou l’architecture. Prenons l’exemple des villes : créées par l’Homme, elles font parties de la nature. Dès lors, se posent de nombreuses questions : Comment les réintégrer dans les flux compatibles avec le vivant ? Comment une infrastructure peut-elle rendre des services écosystémiques ? Comment repenser un bâtiment qui optimise l’énergie et la matière comme un système vivant ? S’agissant des entreprises, le bio-mimétisme peut être une importante source d’innovations de rupture. En outre, en adoptant les principes des systèmes vivants, les entreprises peuvent intégrer de manière cohérente la problématique du développement durable.

Avez-vous des exemples de bio-mimétisme pour illustrer l’intérêt de cette nouvelle approche pour un territoire et pour une entreprise ?

Du point de vue de l’optimisation des flux d’énergies, on peut citer les travaux de l’équipe du Pr Marc Fontecave, visant à reproduire le processus de la photosynthèse en condition artificielle pour produire de l’hydrogène à partir d’énergie solaire et d’eau, en vue de trouver une alternative aux énergies fossiles. Autre exemple, le groupe Renault collabore actuellement avec le laboratoire de Véronique Billat en vue de s’inspirer de l’optimisation de la gestion de l’énergie pendant l’effort par le corps humain pour repenser une nouvelle motorisation plus efficiente. L’entreprise Stratoz dépollue les sols grâce à des plantes capables de séquestrer les métaux lourds et en extrait des catalyseurs verts utilisables en chimie. Enfin, en matière d’optimisation des flux d’informations, il existe un nombre croissant d’entreprises qui s’intéressent aux systèmes vivants complexes et matures pour inspirer le développement de l’intelligence artificielle. Eurobios a, par exemple, travaillé à la problématique de collecte de déchets en milieu urbain. Pour la résoudre, la société a développé des algorithmes mathématiques afin d’optimiser les transports de déchets en s’inspirant des essaims d’abeilles et des réseaux neuronaux.

Kalina Raskin

 

(Extrait de Repères n°67 Le capital naturel : bien commun, socle d’un développement soutenable)

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